Chaque 8 mars les femmes du monde entier observent la Journée internationale des droits de la femme (JIF). Pour cette édition 2025, le thème retenu est :« Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation ». A cette occasion, Madame Rose KOUDJOME, présidente de l’ONG Les Amazone de la Républiques (ADR) et cheffe d’entreprise, dans une interview jette un regard critique sur l’impact des manifestations menées chaque année à l’effet d’améliorer les droits des femmes dans la société. Voici l’intégralité de cette interview.
Question : Madame Rose KOUDJOME, vous êtes fondatrice et présidente de l’ONG Les Amazones de la République. Aujourd’hui 08 mars 2025, journée internationale des droits de la femme, voudriez-vous vous présenter davantage à nos auditeurs ?
Rose KOUDJOME : Je suis effectivement Mme Rose KOUDJOME, Cheffe d’Entreprise, mais je suis une militante convaincue du droit du faible et particulièrement celui de la femme. A ce titre je suis Présidente de l’ONG les Amazones de la République, un Organe de veille, d’éveil et de réveil des consciences. Je suis également Promotrice de MELTING POT CLUB, un Club de Basket Ball qui prône comme son nom l’indique le brassage des hommes et des cultures. Mon parcours associatif m’a amenée à réaliser beaucoup d’actions dont celle portant sur les femmes pour leur émancipation !
Question : 08 mars, pour vous, c’est quoi concrètement : une fête, une occasion de faire le bilan, de fixer les perspectives ou de faire les programmations ?
Rose KOUDJOME : Certes 08 mars est une fête pour commémorer la vaillante lutte de nos Sœurs pionnières qui se sont battues jusqu’à la reconnaissance du droit de la femme par l’ONU. C’est également une occasion de faire, une introspection active, afin de nous autoévaluer. Ce regard rétrospectif permet d’identifier ce qui n’a pas marché afin de penser à la bonne manière d’améliorer les prochaines fois.
Nos conférences, meetings et colloques ont certes contribué à mobiliser, à informer et à sensibiliser, mais elles ont assez duré et nous pensons qu’il faut un changement radical de paradigme en matière de genre. Ce n’est pas chose aisée dans nos cultures africaines où la conscience collective relègue toujours la femme au second plan (la femme elle-même s’accommode des fois à cela).
Question : Figure emblématique en matière de lutte pour l’équité genre et le respect des droits des femmes au Togo, que demandez-vous concrètement au gouvernement togolais ?
Rose KOUDJOME : Sur le plan politique, nous reconnaissons et saluons les efforts du gouvernement en faveur de l’équité genre et le respect des droits des femmes, ce qui a permis un tant soit peu de tendre vers l’équilibre dans les postes clés de décision. Mais sur le plan social beaucoup reste à faire, car à l’issue d’un colloque ou d’une conférence sur les droits des femmes, même le conférencier, une fois à la maison retourne juste à ses habitudes et viole allègrement tous les droits de sa femme. Il n’est aussi pas rare de voir les femmes Responsables d’associations de lutte pour les droits de la femme obéir allègrement à leurs maris dans une situation de leurs droits bafoués. De façon générale, pour que le couple se stabilise et résiste au fil des temps il faut que la femme accepte se soumettre à l’homme en tout point de vue, il faut qu’elle accepte sans broncher l’infidélité de son mari au risque d’être traitée de femme à problème.
Beaucoup de phénomènes sociaux sont cependant à dénoncer.
Notamment les femmes, qui, dans les couples, meurent du SIDA en phase terminale, maladie transmise par le mari qui lui-même a découvert sa séropositivité et se prend en charge à l’insu de sa femme. Dans les coutumes de la plupart des ethnies du Togo, une mort naturelle n’existe pratiquement pas. Elle a une origine maléfique qui provient presque toujours de la femme. Cette considération a comme conséquence la répudiation de la femme par la famille de son mari. Ceci au vu et au su de tous, et même de nos gouvernants qui n’ont prévu aucun texte dans leur arsenal juridique. Quand est-ce que le voile sera levé sur ces problèmes ? Il faudra que les gouvernants se dotent des moyens juridiques adaptés permettant de trouver des solutions à ces problèmes.
Question : Les femmes togolaises ont toujours su se démarquer en Afrique de l’Ouest, notamment par Les NANAS BENZ dans les années 60, aujourd’hui femmes LEADERS parmi lesquelles les femmes d’affaires, Cheffes d’entreprises comme vous, les femmes personnalités publiques telle qu’à la PRIMATURE, L’ASSEMBLÉE NATIONALE, les structures parapubliques, les instances judiciaires et juridictionnelles et j’en passe, on peut donc se sentir très fière d’être TOGOLAISE ?
Rose KOUDJOME : Les femmes togolaises ont toujours été fières de l’être et elles l’ont prouvé au-delà de nos frontières ! Aujourd’hui dans notre pays nous avons eu une femme Premier Ministre, une Femme Présidente de l’Assemblée Nationale ! Mais si nous observons encore plus en profondeur, combien avons-nous de Femmes Ministres dans le gouvernement, contre combien d’Hommes ? Combien avons-nous de Femmes Députés contre combien d’Hommes ? Il ne suffit donc pas de mettre les femmes en premier rôle, sous les projecteurs, il faut que cette équité aille en profondeur, et ce, dans tous les services car, aujourd’hui les prouesses managériales et professionnelles de la femme togolaise ne sont plus à démontrer. Il faudra également pousser un peu plus la curiosité sur la situation que vivent les femmes dans les milieux ruraux. La plupart subissent des violences de tout genre de la part de leurs maris (notamment la bastonnade de la femme) sans que ces derniers ne soient inquiétés.
Question : Vos Perspectives d’avenir ?
Rose KOUDJOME : Nous ne trouvons plus opportun de revenir sur la problématique du F CFA qui a été notre cheval de bataille durant une décennie ; Nous attendons la décision politique simple de nos autorités pour sortir de cette monnaie (qui ne sert entre autres qu’au financement du terrorisme), en vue de créer, ensemble avec les Etats de l’AES une nouvelle monnaie panafricaine.
S’agissant de l’extrémisme violent dans le nord du pays, le projet prémonitoire de sensibilisation des Amazones de la République, initié en 2016 (pendant que le terrorisme n’était pas encore arrivé chez nous) a été très limité par faute de moyen. Aujourd’hui l’arrivée de ce fléau à nos portes, notamment par de nombreuses attaques meurtrières au Nord du pays nous amène à reconsidérer ce projet et contribuer ainsi, aux côtés de nos Forces de Défense et de Sécurité en tant que Partenaire privilégié à la lutte contre le terrorisme. Cette année spécialement, Les Amazones de la Républiques tiennent fermement à ce sursaut patriotique et lancent donc un appel pressant à tous les amis et partenaires du Togo, à toutes les femmes éprises de paix à se joindre à nous afin d’éradiquer cette crise sécuritaire et faire face aux défis prioritaires de développement
Question : votre mot de fin ?
Rose KOUDJOME : 2025 est une année particulièrement difficile à tout point de vue ; le panier de la ménagère est vraiment en difficulté. Cette situation est le corollaire de la crise internationale exacerbée par les défis sécuritaires du Nord Togo et dans le Sahel dont l’impact sur notre économie est catastrophique. Il est clair que les auteurs des attaques terroristes, ont tous été élevés par une mère, ils ont été éduqués par une famille dont le pilier est la femme. Dans un élan de contribution citoyenne, toutes les femmes devraient donc utiliser cet atout pour défaire des consciences extrémistes et radicales, et faire en sorte que la culture de la tolérance, du vivre ensemble et du patriotisme soit incorporée dans les habitudes de leurs enfants, leurs frères, leurs maris. Nous invitons donc toutes les femmes du Nord au sud, de l’Est à l’Ouest, du Parti au Pouvoir ou de l’Opposition politique, Chrétienne ou Musulmane, à se joindre à nous, pour une éducation de masse contre le radicalisme et l’extrémisme violent et nous émettons le vœu que les pouvoirs publics nous accompagnent à cet effet.
